Capsule historique #19 | Pierre Lacroix

Quand on dit Pierre Lacroix à Sainte-Marie, on pense spontanément à la maison du même nom situé à quelques encablures du manoir Seigneurial et de la Chapelle Sainte-Anne sur la rue Notre-Dame nord. Mais qui était Pierre Lacroix?

Une chose certaine que l’on sait de lui c’est que dans la famille Lacroix, on avait le sens de la tradition. Le Pierre Lacroix qui est venu s’installer à Sainte-Marie au tournant du dix-neuvième siècle avait un père, un grand-père et un arrière-grand-père qui s’appelaient également Pierre Lacroix. La lignée s’était initialement installée sur la Côte de Beaupré, comme tant de gens qui sont venus en Nouvelle-Beauce.

La première trace que l’on retrouve de Pierre Lacroix à Sainte-Marie est un acte de mariage. Un autre qui n’a pas su résister aux charmes d’une Mariveraine! Dans son cas, elle portait le nom d’Hélène Bilodeau. Ils se sont mariés le 27 janvier 1806 à l’église de Sainte-Marie. Il avait 25 ans, elle en avait 17.

Bien que Pierre Lacroix ne sache ni lire ni écrire, il est un homme très habile de ses mains. Il aime fabriquer des objets, il les conçoit dans sa tête pour leur donner vie ensuite. Il est méticuleux et patient. La forge est un domaine tout tracé pour lui. Non, il ne veut pas être maréchal ferrant, il veut être forgeron. Pour ce faire, il a besoin d’une boutique bien située, une boutique située à proximité de la clientèle capable de se payer des produits de qualité. Or, les notables sont tous installés sur le bord de la rivière. Il échange donc avec son beau-père une terre complète dans le quatrième rang Saint-Elzéar pour un terrain donnant sur la rivière.

En 1820, Pierre Lacroix passe un contrat pour se faire construire une maison. Elle ne sera pas en bois comme la majorité, non, elle sera en pierre des champs pour résister au temps. Ensuite, il y installe sa famille, ouvre sa boutique de forge, il devient forgeron officiel des Seigneurs Jean-Thomas Taschereau, le père et le fils, de Thomas-Pierre-Joseph Taschereau et d’Olivier Perreault. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une petite grange et une étable.

À cette époque le moindre clou doit être forgé, mais le savoir-faire de Pierre Lacroix dépasse largement la fabrication des clous, elle se situe résolument du côté de la ferronnerie d’art. Ce sont pentures compliquées, ingénieux crochets, barrières ouvragées, serrures complexes, outils spécialisés (haches, herminettes, rabots) des instruments aratoires qui sortent de son atelier. Parce qu’il y a déjà plusieurs forgerons à Sainte-Marie, Honorius Provost en recense plus de cinquante, plusieurs se contentant de ferrer les chevaux ou de réaliser des ouvrages plus simples.

Pierre Lacroix et Hélène Bilodeau auront treize enfants en 20 années de mariage, neuf atteindront l’âge adulte. Ils tenteront de poursuivre avec la tradition en prénommant l’aîné Pierre. Malheureusement, ce premier fils mourra en bas âge. Les autres s’appelleront : Charles, Esther, Émilie, Mathilde, Caroline, Zoé, Julie, André et Anastasie. Hélène décédera en 1836, l’année suivante Pierre Lacroix léguera sa maison et sa forge à son fils Charles.

Aujourd’hui, à quelques années de célébrer son deux-centième anniversaire de construction la maison de Pierre Lacroix demeure un témoin privilégié de la vie à Sainte‑Marie au début du dix-neuvième siècle d’un artisan soucieux de bien faire et qui voulait s’affirmer dans sa communauté.

 

Par Raymond Beaudet

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