Capsule #22 | Mariverains, courageux, tenaces, inventifs et fêtards…

La tradition de bons buveurs chez les Mariverains et Mariveraines ne date pas d’hier. Sous le régime français, il est de coutume de déjeuner de pain et d’eau de vie, rien de moins. L’alcool, sous forme de rhum, de cognac, d’armagnac, de calvados, est importé de France de même que le vin qui est réservé pour les grandes occasions. Mais l’alcool importé étant dispendieux, les habitants ne tardent pas à produire des alcools locaux. C’est peut-être là, le début de l’entrepreneurship beauceron?

On fait du vin de cerise, de bleuet, de pissenlit, de sorbier; du cidre, de la bière, de la bagosse et de la bière d’épinette. Pour cette dernière, la recette est simple : on laisse fermenter une boule de pâte dans l’eau avec du levain, on ajoute de la mélasse de même que des branches et de la gomme de sapin ou d’épinette, au goût!

Sous le régime Anglais, le whisky et le gros gin font leur apparition. Les vins viennent alors d’Espagne et du Portugal, ils s’appellent sherry, porto, madère; le rhum provient de la Jamaïque.

Chez l’habitant, on pétrit son pain et on brasse sa bière. Les alambics sont très répandus, même le Seigneur Taschereau en possède un.

À Sainte-Marie en 1810, il y a 8 cabarets, en 1830 on en dénombre 11 alors que la population n’est que de 4 000 personnes. Il n’y a pas que la rivière qui déborde!

À la messe de minuit de 1830, des paroissiens se présentent à l’église en état d’ébriété avancé… Le curé se plaint de « grands désordres et scandales ». En conséquence de quoi, la messe de minuit est interdite sur ordre formel de l’Évêque les trois années suivantes, soit en 1831, 1832 et 1833.

Ce n’était pas la première fois que l’évêque sévissait à l’endroit des Mariverains et Mariveraines. La fête de Sainte-Anne, de même que la neuvaine, avaient déjà été interdites pour les mêmes raisons dès 1810.

Le vent tourne en 1841, alors qu’un mouvement prônant la tempérance se développe partout au Bas-Canada. L’Évêque Forban-Janson sillonne la province pendant 10 ans pour dénoncer les méfaits causés par l’alcool. C’est l’apparition des croix de la tempérance, ces fameuses croix noires… Mgr Forban Janson est très bien reçu à Sainte-Marie. Une croix de plus de 10 pieds de haut, toujours en place sur la rue Notre-Dame Sud, en face de chez M. Léo Faucher, en témoigne.

Le curé le plus acharné à combattre les débits de boisson a sans conteste été le curé Chaperon, en poste de 1871 à 1896. Malgré tous ses efforts, il ne parviendra pas à faire fermer tous les débits d’alcool. Mgr Feuiltault et le Cardinal Taschereau quant à eux, prônèrent une certaine forme de tolérance. « Il faut prendre les hommes tels qu’ils sont et non pas tels qu’ils devraient être » raisonnait le Cardinal.

Avant 1921, année de la création de la commission des liqueurs, (ancêtre de la SAQ) les permis d’alcool étaient délivrés par les autorités municipales, ce qui représentait pour eux un revenu très appréciable.

La prohibition, qui a duré 13 ans aux États-Unis (de 1920 à 1933) n’a duré qu’une seule année au Québec. Les contrebandiers, ainsi que le gouvernement, ont largement tiré profit de cette situation.

Dans son Histoire de Sainte-Marie de La Nouvelle-Beauce, Honorius Provost cite quatre embouteilleurs de bière à Sainte-Marie et 27 hôteliers ou cabaretiers qui applaudissent certainement tous au lancement de la Mariveraine, cette bière qui souligne de façon festive, et historique, les 275 ans de Sainte-Marie.

Par Raymond Beaudet

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