Capsule historique # 17 | Château Beauce

Il était une fois un petit garçon prénommé George-Siméon, il était fils de cultivateur. Il était né le 15 septembre 1849. Il ne voulait pas faire comme son père, Marcel Théberge. George-Siméon était attiré par les mots, les textes, les lois, les droits et les belles choses. Il étudia, il fit sa cléricature pendant cinq années chez le notaire Joseph-Noël Chassé avant de débuter sa propre pratique le 14 juillet 1881.

Trois ans plus tard, il s’associe avec le notaire Damase-Éleusippe-Ernest Larue, son cadet de 13 années. Ernest n’est pas natif de Sainte-Marie, mais de Saint-Augustin-de-Desmaures. George-Siméon devient rapidement un des propriétaires fonciers les plus importants de la région. Il rachète toutes les parts de la Seigneurie de Sainte-Marie qu’il peut. Il est aussi propriétaire de l’aqueduc.

En 1903, les deux notaires rêvent d’une somptueuse demeure sur le modèle d’un vieux château anglais, avec des créneaux au-dessus des murs de brique rouge. Ils confient les plans à deux jeunes architectes bien en vue, Jean-Omer Marchand et Samuel S. Haskell. Ils ne sont pas déçus, l’ensemble est monumental avec sa tour ornée de mâchicoulis, son belvédère sur la tourelle, les chambranles moulurées, les lambris à caissons… Dans la population on se met à parler du Château Beauce.

Les deux notaires aiment par-dessus tout voyager en Europe. À chaque occasion, ils ramènent des œuvres d’art qu’ils installent le plus simplement du monde dans leur demeure de Sainte-Marie. Toiles de grands maîtres, somptueuses tapisseries, vitraux rares, divines sculptures, joyaux d’orfèvrerie, miroirs monumentaux, porcelaines précieuses, lustres en cristal, même une coutellerie en or.

L’aménagement extérieur n’est pas négligé pour autant. Un grand jardin, des dépendances, un superbe parterre, des arbres rares, des allées enlignées au cordeau et des jets d’eau qui donnent au lieu un caractère princier. C’était l’orgueil du village!

Les années passèrent, les notaires n’avaient aucune descendance. Cependant, le notaire Théberge avait deux nièces religieuses. Il conclut un marché avec la communauté de ces dernières; les sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception. Elles prendraient soin de Damase-Éleusippe-Ernest Larue jusqu’à son dernier souffle après quoi, elles pourraient utiliser le Château Beauce pour leurs fins propres.

Le notaire Théberge décéda le 7 décembre 1940, il avait souhaité être inhumé dans un caveau sous la chapelle du Château Beauce, on lui refusa ce privilège pour différentes raisons. Après le décès du notaire Ernest Larue en 1944, les religieuses devinrent officiellement les uniques propriétaires du Château Beauce. Elles en firent une maison de retraite pour les femmes.

Cette même année 1944, Sainte-Marie fêtait son deux-centième anniversaire.

Par la suite, en 1967, les sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception cédèrent le Château Beauce aux Oblates de Béthanie qui l’habitèrent jusqu’en 2015. Les religieuses offrirent de céder gratuitement le Château Beauce à la Municipalité et à la Fabrique. Les deux organismes déclinèrent l’offre. Actuellement, c’est la Société Alzheimer de Nouvelle-Beauce qui en est propriétaire.

M. Thomas Fecteau m’a partagé un souvenir du Notaire Théberge. Enfant, il allait jouer dans le jardin du Château, le notaire lui avait dit cette phrase qu’il a conservée et qu’il m’a relatée 80 ans plus tard. « Garde-toi toujours quelque chose à désirer ».

Par Raymond Beaudet

Commentaires 1

  1. Ma grande tante, Marie Parent, y a travaillé comme bonne pour les notaires pendant plusieurs annees avant de suivre son amoureux aux Etats Unis. Elle était la soeur de Louis Parent, mon grand papa….ma mere me contait souvent qu elle allait manger des framboises blanches dans le jardin en compagnie de Marie….

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