Capsule historique # 10 | Une esclave à Sainte-Marie

La famille Taschereau a possédé une esclave à Sainte-Marie de 1785 à 1810. Elle s’appelait tout simplement Marie-Sylvie. Elle était mulâtresse.

Avoir des esclaves à l’époque de la Nouvelle-France n’avait rien de répréhensible, au contraire, c’était très bien vu, les nobles en détenaient ainsi que des marchands, des curés, des communautés religieuses, et même des évêques. Posséder un esclave noir était même particulièrement prisé. Plusieurs provenaient de la Louisiane ou des Antilles. Il y avait aussi des esclaves qui proviennent des nations autochtones, dont les Pawnees. Au moment de la naissance de Marie-Sylvie, on dénombrait plus de 4000 esclaves en Nouvelle-France, deux tiers, autochtones, un tiers, noirs.

Joseph Fleury de la Gorgendière, le père de Marie-Claire Fleury et le Seigneur de Saint-Joseph en a eu plus d’une quinzaine. Pierre Rigaud de Vaudreuil de Cavagnal, l’oncle par alliance de Marie-Claire Fleury, en a eu jusqu’à trente quand il était gouverneur de la Louisiane.

Mais l’histoire de Marie-Sylvie est particulièrement intéressante. Laissez-moi vous la raconter.

Marie-Claire Fleury de la Gorgendière est l’ainée des filles de la famille. Elle a quatre sœurs plus jeunes. Une de celles-ci, Marie-Anne Catherine vit à Québec dans le quartier Saint-Roch, elle est mariée à William Grant, un commerçant anglais plutôt prospère. Or, William et Marie-Anne Catherine ont une esclave noire prénommée Françoise, elle provient des Antilles. En 1784, oh malheur, elle devient enceinte. Pour les Grant, il est inconcevable qu’elle mette au monde un enfant à Québec. Que faire? La solution s’impose, l’envoyer à Sainte-Marie chez Marie-Claire et Gabriel-Elzéar.

Quelques mois plus tard, le 9 février 1785, Françoise met au monde une fillette mulâtresse. Gabriel-Elzéar devient parrain et sa sœur Marie (dite Manon), marraine. Peu après sa naissance, Françoise retourne à Québec chez les Grant et les Taschereau élèvent Marie-Sylvie. Elle entre tout naturellement au service de la famille Taschereau à titre d’esclave.

À sa majorité, la famille Taschereau l’affranchit et lui donne un petit lopin de terre au bord de la rivière du Domaine, dans le rang Saint-Gabriel. En 1810, Marie-Sylvie se marie à Joseph Landry. Elle aura quatre enfants à Sainte-Marie tout en demeurant au service de la famille Taschereau.

Plus tard, on retrouve des traces du passage de Marie-Sylvie à Beauceville puis à Québec où elle décède le 6 avril 1821. Sur son certificat de décès, on note comme nom : Marie-Sylvie Grant.

À vous de conclure sur la paternité de Marie-Sylvie…

Par Raymond Beaudet

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