Capsule #4 | La chicane du presbytère

Sainte-Marie a connu des curés qui sont demeurés très longtemps en poste. Pensons aux 50 ans de Mgr Feuiltault, aux 41 ans du curé Villade, aux 25 ans du curé Chaperon,  aux 20 ans du curé Proulx et aux 19 ans du curé Verrault.

Peu de gens savent qu’entre  1783 et 1794, pas moins de cinq curés se sont succédés à Sainte-Marie. Ce fut onze années de troubles ininterrompus. La question qui divisait alors la paroisse était la construction d’un nouveau presbytère. Faut dire qu’à cette époque, on voulait un presbytère qui comprenne une salle de réunion pour les hommes et une salle de réunion pour les femmes. Or l’ancien, qui datait de 30 ans déjà, n’en possédait aucune.

Ce qui était demandé aux familles comme contribution pour la nouvelle construction était élevé, à savoir : une piastre par terre de trois arpents de front pendant quatre années, une demi toise de pierre par habitant, trois fournées de chaux et trois journées de corvées par année pendant trois ans.

Comme dans toute belle chicane d’envergure, la paroisse se divisa en deux. Il y avait les favorables comme François Verreau, Guillaume Provost, François Bonneville, Étienne Barbeau. Il y avait les opposants comme Ignace Ferland, Adrien Langevin, Jean Bilodeau, François Meneu dit Châteauneuf. Parmi les contres, il y en a qui refusèrent carrément de contribuer, ils furent poursuivis devant les tribunaux par le curé qui était maître d’œuvre du projet. Ils interjetèrent appel et gagnèrent. La saga judiciaire dura deux bonnes années.

La construction en pierres devait avoir 70 pieds de long par 38 de large. Les opposants soutenaient que c’était trop coûteux, beaucoup trop grand, trop exigeant en termes de corvées. Les curés qui arrivaient se mettaient immanquablement à dos un des deux groupes. Ils ne duraient pas deux et ans et repartaient.

En 1790, les matériaux avaient déjà été assemblés autour de l’ancien presbytère depuis un certain temps quand les favorables décidèrent d’entreprendre seuls la construction du nouveau presbytère. Gabriel-Elzéar Taschereau, trouvant que l’affaire ne se concluait pas assez vite à son goût, décida de prendre les commandes du projet. Le 20 juin, Gabriel Elzéar Taschereau fit dire au curé Marcheteau qu’il démolirait l’ancien presbytère dans les 24 heures. Le curé protesta. Peine perdue, les démolisseurs jetèrent l’ancien presbytère à terre dès le lendemain. Le curé Marcheteau évacua les lieux en panique, il installa les siens dans une boulangerie. Il  demeura dans la sacristie pour le temps des travaux et fut remplacé peu de temps après, à sa demande…

Arriva le curé Dubord. Le seigneur Taschereau se mit en brouille avec le nouveau curé peu de temps après son arrivée. Gabriel-Elzéar Taschereau eut même recours au curé de Saint-Henri pour visiter sa pauvre mère malade alors que le curé de Sainte-Marie disait ne pas avoir suffisamment de temps pour une visite. Le Seigneur porta plainte une nouvelle fois à l’Évêque et le curé fut remplacé à nouveau.

Le presbytère de la discorde fut terminé en 1796. Sa vie utile fut de 75 ans puisqu’il fut remplacé par l’actuel presbytère seulement en 1869.

Par Raymond Beaudet

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