Capsule #5 | La nouvelle église n’est pas tournée vers l’est

En 1854, la population de Sainte-Marie juge que son église est vétuste, trop petite et qu’elle mérite d’être remplacée par un édifice plus imposant, plus accueillant pour une population qui ne cesse de croitre. Sainte-Marie compte alors plus de 5 000 habitants. Le projet fait l’unanimité, on est loin des chicanes de la construction du presbytère. Sur la requête présentée à l’Évêque, il y a 411 marques ou signatures, tout le monde ne savait pas écrire son nom. Il faut aussi dire que le territoire de Sainte-Marie était plus vaste qu’aujourd’hui. Les paroisses avoisinantes n’étaient pas encore toutes nées.

Le curé Louis Proulx, est arrivé de reculons à Sainte-Marie depuis peu. « Bien que la Beauce ait toujours été pour moi un pays désagréable et pour lequel je me sentais de la répulsion… » écrivait-il à son Évêque. Malgré son attitude négative, le curé Proulx était un bâtisseur né.

Les plans de la nouvelle église sont confiés à nul autre que Charles Baillargé. Ses honoraires s’élèvent à 150$. Ce sont les premières transactions effectuées dans la nouvelle monnaie que l’on nomme dollar. Auparavant on comptait en louis, chelins et deniers.

Quand les paroissiens virent les plans. Plusieurs prirent peur. « C’est trop grand, ça va coûter trop cher, c’est trop exigeant. » Certains menacèrent même de déménager. Déjà entendu?

Le fardeau financier pour un habitant était considérable. Le coût de la nouvelle construction était réparti en fonction des revenus et de l’évaluation des biens de chacun.

Le projet initial plaçait la nouvelle église tournée vers l’est, comme à Vallée-Jonction et  à Saint-Joseph. Pour cela, il fallait acquérir un terrain qui était propriété de mademoiselle Luce Guay, ancienne bonne du curé Villade. Cette dernière refusa catégoriquement de céder son terrain malgré toutes les pressions dont elle fut l’objet.

On décida donc de construire la nouvelle église par dessus l’ancienne. Pour ce faire, il fallait empiéter sur la rue Notre-Dame d’un côté et sur le cimetière de l’autre côté. Il fallait déplacer les ossements de dizaines de personnes. À mesure que la nouvelle prenait forme, on démolissait l’ancienne.

Sainte-Marie aurait alors la plus grande église du diocèse.

En 1861, le chantier est ralenti parce que les contributions tardent à rentrer. En effet, 41 n’ont encore rien donné et 322 sont en retard.

En 1859, il n’y avait pas encore de lampes dans la nouvelle église. Le curé demanda aux paroissiens d’apporter chacun un chandelier qui serait posé sur le coin de chaque banc pour la messe de minuit.

La décoration intérieure fut terminée en 1867. Le terrain qui aurait permis de construire la nouvelle église tournée vers l’est fut finalement retourné à la fabrique au décès de Mademoiselle Luce Guay. Il était trop tard, l’église était construite.

Par Raymond Beaudet

Commentaires 1

  1. Texte bien intéressant ! Un petit détail m’intrigue: lorsque vous écrivez que les églises de Vallée et St-Joseph sont tournées vers l’est, voulez-vous dire que celles-ci sont orientées «est-ouest» ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *